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Ah ! mère nostalgie

27 août 2018

5h du matin. Le sommeil m’a encore laissé tomber cette nuit. Dans quelques heures, je vais rendre un dernier hommage à mon papy. Les enterrements, ce n’est pas trop ma tasse de thé, mais ma famille a lourdement insisté pour que j’y sois.

Tout semble calme, je suis le seul réveillé à priori. Je me lève pour rejoindre la pièce à vivre, réarrange le reste de braises dans la grande cheminée ouverte avant de me préparer un café.

Je sors du petit corps de ferme dans lequel il a passé toute sa vie. Un frisson me parcoure tout le corps dès que j’ouvre la porte. Cette fin d’été délivre ses fraîcheurs matinales.

Accompagné des chaudes volutes évadées de ma tasse, je m’assieds sur la seule marche du perron.

La grange face à l’entrée est plongée dans un calme absolu. Mon regard se pose instinctivement à ma gauche. L’aube se lève doucement, découvrant le pré familial enveloppé de son linceul brumeux. J’aime ces instants qui semblent figés dans le temps. Les souvenirs de journées passées me reviennent en tête. Un court sourire efface discrètement ma tristesse.

Je sors finalement de ma poche l’enveloppe que mamy m’a donné hier. Mes mains tremblent. Ceci est le dernier souvenir que j’ai de lui. Il n’était pas bavard le grand-père, mais chaque mot était choisi, pesé.

J’ouvre l’enveloppe. Une lettre manuscrite. Je reconnais son écriture élégante et soignée.

« Une musique…une émotion…des souvenirs, nostalgie du temps passé, des années qui passent, du temps qui détruit nos corps, mais emplit nos âmes de sages pensées. Des souvenirs encore… j’esquisse un sourire, et bientôt des pensées positives emplissent mon cœur d’une vague de bien être en pensant à toutes ces belles rencontres qui m’ont fait grandir. D’autres images me viennent…réminiscences des blessures du passé, une larme monte du plus profond de moi pour redescendre aussitôt sur le visage. Encore d’autres pensées, une mélancolie me gagne, un vague à l’âme qui me fait regretter les erreurs du passé. Je pense à ce que j’aurais dû faire, aux erreurs que je n’aurais pas dû faire, je pense à mon enfant que je n’ai pas vu grandir, à cette petite tête blonde qui m’attendrissait et me donnait tant de bonheur. Je n’ai pas vu grandir cette petite bouille, trop occupé à courir après la gloire, l’argent, le succès, la reconnaissance et autres futilités pour me rendre compte qu’elles ne sont que chimères. Cet enfant a grandi, il s’est mis également à courir après les chimères que ses parents ont tant cherché à attraper.

Mes souvenirs s’estompent, je reviens à la dure réalité. J’ai soixante-douze ans et j’écris ces derniers mots non sans amertume. Je me suis égaré en chemin, j’ai oublié l’essentiel …vivre… Aujourd’hui, je suis mort, mon corps et mon âme sont morts. Qu’on m’enterre maintenant, je n’ai plus rien à offrir à ce monde et il est trop tard pour combler ce vide en moi.

Que me reste-t-il aujourd’hui? Peut-être l’espoir, l’espoir d’une autre chance, d’une autre vie, là-bas, quelque part en dehors de ce monde…

Mais mon garçon, toi tu es jeune, et sache que, même dans les moments les plus sombres, reste positif mon garçon, il y a toujours de l’espoir. »

Il répétait souvent que le plus beau cadeau qu’on pouvait m’offrir, c’était l’espoir. « Ne regarde pas en arrière, l’espoir est toujours devant, jamais derrière soi, » disait-il en conduisant le tracteur sur lequel je m’asseyais les yeux emplis de joie.

Je remets religieusement la lettre dans son écrin de papier. Le café est froid. Mes yeux s’embrument. J’entends la porte s’ouvrir. C’est Mamy. Elle me regarde, sans un mot, s’assied à côté de moi et me prend dans ses bras.

Ricardsonnement vôtre.