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L'ivre d'amour — chapitre 15

9 août 2020

Les vacances d'été. Le seul moment de l'année ou tu fonces dans les bouchons le sourire aux lèvres. Bob, entraîné par Patrick, revenu squatter après une escapade amoureuse qui avait dégénéré, se retrouve au Cap d'Agde.

Bob n'était pas du tout convain-cul par la communauté Bio-Bobo-Naturiste située à la frontière du Cap d'Agde dans laquelle Patrick les avait amené, mais habitué des coups foireux de son compagnon de route, ne s'en offusqua pas. Patrick y avait déjà séjourné et était toujours bien accueilli.

A leur arrivée, à la nuit tombée, un apéro de bienvenue leur est réservé. Après plusieurs dizaines de minutes passées à regarder son slip, Bob finit par le retirer (condition sine qua non pour rentrer dans le village), non sans regrets ni pointe d'amertume. Aussitôt, le dénommé Fréd, alias "Baobab" de son nom de communauté, attrapa le morceaux de tissu à pleine main et le lança dans le braséro le plus proche.

"Tu n'en auras pas besoin ici, frère. Mes amis, veuillez accueillir un nouveau membre !" (jeu de mot un peu pourave, mais qui me fait marrer).

Chacun des résidents se mit en file indienne pour leur offrit une accolade tantôt virile, tantôt chaleureuse et bienfaisante. Bob se dit finalement que ça n'était pas si mal et un semblant de sourire lui écorcha le visage.

"Tu vas voir ! tu vas passer les meilleurs vacances de ta vie ! Merci qui ?"

Bob, nu comme un ver, regarde Patrick fanfaronner en faisant l'hélicoptère.

"Le Cap d'Agde, souffla Patrick. Tu imagines ? des opportunités tous les jours. Tous les jours, tu changes de partenaire !"

De discussions en discussions, Bob sympathisait tant bien que mal et chacun venait se présenter à lui. Loïc, arrêté plusieurs pour exhibitionnisme, s’affaire en cuisine, tandis que Caroline, artiste accro au kung-fou (une variante du kung-fu), et secrètement amoureuse de Patrick Balkany – la ressemblance avec Bruce Lee étant frappante à ses yeux cachés derrière une cataracte – s’affaire à la confection d’une immense statue en papier maché à l’effigie de son idole. Lucien, fétichiste et schizophrène, est, quant à lui, devenu jardinier officiel de la communauté. Au grand désespoir de la communauté, il faisait uniquement pousser des radis. C’était, selon lui, la seule nourriture que son copain imaginaire pouvait digérer.

Philippe, la cinquantaine passée, grimé en moine trappiste lorsqu'il sort du village, produit sa propre bière. Mixant plusieurs doctrines, il a fait vœu de silence, vœu de chasteté et vœu de pénitence lui interdisant de boire de l’alcool. Delphine, ex serveuse, s’est prise de passion pour la charpente et la menuiserie, mais sa peur bleue des scies, marteaux, et autres outils dangereux l’empêche d’exploiter ses talents. Charles, bonimenteur, comprendre banquier, avait fait un burn-out et s’était retrouvé à suivre Delphine, rencontré au hasard d’une soirée un peu trop arrosée. Charles, toujours en dépression sévère, s’occupait de l’intendance et passait son temps à pleurer pour un oui ou pour un non. Sylvie, infirmière radiée pour l’assassinat involontaire de 37 malades dont elle s’occupait en tant que libérale. Un vice de procédure lui avait permis de ne pas être inculpée. Billy, ancien jeune pyromane et fan de culturisme, est responsable de la sécurité du camp. Francine, une chanteuse, dont la carrière fut interrompue très tôt à cause d’une angine, s’occupe de l’organisation des nombreux évènements du dogme. Sans oublier, Kévin, 23 ans, passionné de survivalisme, Magali, mythomane et paranoïaque, Jean, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, Georges, ex gilet jaune (qu’est-ce que ça fout là ? me direz-vous. Eh bien, le camp étant construit sur un ancien rond-point, ceci explique cela…), et j’en passe.

"Chat-bite !" s'exclama Patrick, légèrement éméché, en lançant sa main directement dans les parties intimes de Bob qui eut un haut-le-cœur monumental. Son estomac ne résista pas et les huîtres dégustées le midi même remontèrent immédiatement à la surface pour finir dans le punch de bienvenue au grand désespoir de Patrick qui avait utilisé une bonne partie de son stock de GHB, de Viagra dans le saladier.

La soirée, gâchée par le manque de savoir-vivre de Bob, dixit Patrick, continua malgré tout. En effet, la substance avait été ingurgité en grande quantité par l'ensemble des résidents, sauf Bob qui détestait le punch, Patrick, qui connaissait le contenu de la boisson et Fréd qui était de mèche. Ce soir-là, Bob assista à un spectacle qu'il n'oubliera jamais et que l'auteur, pour des raisons évidentes de pudeur, ne vous relatera pas ici.

Bob préféra s'éclipser, mais Patrick qui souhaitait s'amuser un peu lança à l'assemblé droguée : le petit nouveau veut un câlin pour s'endormir !

Aussitôt, la vingtaine de résidents s'approcha de Bob pour lui faire un câlin. Repoussant d'abord les assaillants, il fut vite débordé...

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