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L'ivre d'amour — chapitre 12

25 janvier 2019

« Souhaitons la bienvenue à notre nouvelle venue.»

François, alias guide Chakaba, les paumes vers le haut, observait Lili.

« Sœur Lili, que la lumière du Céleste et Arbitraire t’inonde de sa pureté. »

« D'abord, je ne suis pas ta sœur et ensuite, je ne suis que de passage, annonça-t-elle, sans ambages, au guide. Dites, ça vous arrive d’aérer la pièce ? parce que ça sent le rat mort ici, » ajouta-t-elle.

« C’est à cause que Rebecca elle a pas fait le ménage, » intervint alors Rodrigo, un éphèbe d’une vingtaine d’années. Rodrigo a arrêté l’école très tôt pour devenir acteur, mannequin et chanteur de country. Malheureusement, après avoir essuyé plusieurs échecs (au moins 2), il déclara à ses parents qu’il allait partir dans un pays où son talent serait reconnu. Encouragé par ses géniteurs, il s’en alla faire du stop avec, comme seul compagnon, son sac à dos. C’est sur la petite route de Mem-fisse qu’il croisa la route (encore une) de François. Rodrigo devint officiellement le premier membre de l’église de la Lumière du Céleste et Arbitraire. La plastique de Rodrigo permit de rameuter bon nombre de nouvelles clientes qui amenèrent un paquet de nouveaux membres.

La cérémonie terminée, tout le monde retourne à ses tâches quotidiennes, tandis que Lili s'occupe en visitant l'endroit avec sa mère et constate que l’endroit ressemble plus à une favela qu’à un village autonome. « Tout le monde est heureux ici et plus ou moins en bonne santé, intervient sa mère. Le seul cas de lèpre a été banni du camp et l’épidémie de peste de l'an dernier a été contenue rapidement. Le reste de la journée, Lili rencontre les membres de la communauté comme Loïc, arrêté plusieurs pour exhibitionnisme, s’affaire en cuisine, tandis que Caroline, artiste accro au kung-fou (une variante du kung-fu), et secrètement amoureuse de Chakaba – la ressemblance avec Bruce Lee étant frappante à ses yeux cachés derrière une cataracte – s’affaire à la confection d’une immense statue en papier maché à l’effigie de son idole. Lucien, fétichiste et schizophrène, est, quant à lui, devenu jardinier officiel du culte. Au grand désespoir de la communauté, il faisait uniquement pousser des radis. C’était, selon lui, la seule nourriture que son copain imaginaire pouvait digérer.

La cérémonie terminée, tout le monde retourne à ses tâches quotidiennes, tandis que Lili s'occupe en visitant l'endroit avec sa mère et constate que l’endroit ressemble plus à une favela qu’à un village autonome.

« Tout le monde est heureux ici et plus ou moins en bonne santé, intervient sa mère. Le seul cas de lèpre a été banni du camp et l’épidémie de peste de l'an dernier a été contenue rapidement.

Le reste de la journée, Lili rencontre les membres de la communauté comme Loïc, arrêté plusieurs pour exhibitionnisme, s’affaire en cuisine, tandis que Caroline, artiste accro au kung-fou (une variante du kung-fu), et secrètement amoureuse de Chakaba – la ressemblance avec Bruce Lee étant frappante à ses yeux cachés derrière une cataracte – s’affaire à la confection d’une immense statue en papier maché à l’effigie de son idole. Lucien, fétichiste et schizophrène, est, quant à lui, devenu jardinier officiel du culte. Au grand désespoir de la communauté, il faisait uniquement pousser des radis. C’était, selon lui, la seule nourriture que son copain imaginaire pouvait digérer.

Philippe, la cinquantaine passée, grimé en moine trappiste, produit sa propre bière. Mixant plusieurs doctrines, il a fait vœu de silence, vœu de chasteté et vœu de pénitence lui interdisant de boire de l’alcool. Delphine, ex serveuse, s’est prise de passion pour la charpente et la menuiserie, mais sa peur bleue des scies, marteaux, et autres outils dangereux l’empêche d’exploiter ses talents. Charles, bonimenteur, comprendre banquier, avait fait un burn-out et s’était retrouvé à suivre Delphine, rencontré au hasard d’une soirée un peu trop arrosée. Charles, toujours en dépression sévère, s’occupait de l’intendance et passait son temps à pleurer pour un oui ou pour un non. Sylvie, infirmière radiée pour l’assassinat involontaire de 37 malades dont elle s’occupait en tant que libérale. Un vice de procédure lui avait permis de ne pas être inculpée. Billy, ancien jeune pyromane et fan de culturisme, est responsable de la sécurité du camp. Francine, une chanteuse, dont la carrière fut interrompue très tôt à cause d’une angine, s’occupe de l’organisation des nombreux évènements du dogme. Sans oublier, Kévin, 23 ans, passionné de survivalisme, Magali, mythomane et paranoïaque, Jean, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, Georges, ex gilet jaune (qu’est-ce que ça fout là ? me direz-vous. Eh bien, le camp étant construit sur un ancien rond-point, ceci explique cela…), et j’en passe.

Bref, tout un microcosme s’était organisé autour du dogmatique François alias Chakaba. Seulement, au grand désespoir de leur guide, chacun n’en faisait qu’à sa tête créant un joyeux méli-mélo en quette de rédemption et d’une famille.

Ce soir, à la grande surprise de Lili, c’est la fête d’intronisation. Terme utilisé par François pour expliquer qu’il va introduire la nouvelle venue (comprenne qui pourra).

La fête bat son plein, la bière amère de Philippe fait l’unanimité : c’est la moins pire de toutes celles qu’il a fermenté jusqu’à présent. Flatté par les compliments, le moine trappiste, s’en va chercher des orties pour se flageller le dessous des aisselles, coutume religieuse oblige. A son grand désespoir, les radis de Lucien sont délaissés au profit de pomme-de-terres sauvages, trouvées non loin du camp.

Ayant l’honneur d’être attablée avec le guide, Lili, comme à son habitude, s’empresse de critiquer tout et n’importe quoi, à commencer par son hôte : « Chakaba, ce nom me hérisse le poil des oreilles, vous devriez trouver un nom plus moderne, plus percutant. »

La soirée se déroule à merveille, chacun racontant à son voisin les péripéties de la journée.

Finalement, c’est lorsque François propose à Lili de l’accompagner dans sa chambre qu’il comprend son erreur. Le coup de pied rotatif inversé dans les parties sensibles du grand guide le mit à terre. Ni une ni deux, Caroline, l’experte en Kung-fu fou, se jette sur la frondeuse et lui tire violemment les cheveux en hurlant des mots en Latin mélangés avec du Sumérien. En guise de réponse, Lili lui assène un coup de poing digne des plus grands films de Bruce Lee.

Billy, le videur, vient séparer les deux combattantes et sonne la fin de soirée par trois coups de cloches pour que chacun regagne ses pénates.

Le lendemain, Lili se lève aux aurores, tirée du lit par le bruit d’un vieux coq. En fait, c’est un canard enroué qui se prend pour le roi de la cour.

Lili s’en va. Elle jette un dernier regard à cet endroit atypique. Au loin le grand Chakaba gesticule après trois de ses disciples indisciplinés. Elle reviendra, c’est sûr. Passer ses nerfs contre tout le monde l’a libéré d’un lourd fardeau. « Une vraie cure de jouvence ! » s’exclame-t-elle le sourire aux lèvres.

Que la Lumière Céleste et Arbitraire veille sur vous mes amis lecteurs.

Ricardsonnement vôtre