L'ivre d'amour — chapitre 17
Ce passage semblait sans fin quand, au détour d’un croisement, le cœur de Bob s’emballa et la peur lui paralysa les membres…
Part 2
Devant lui s’étalait un ossuaire. Il en avait horreur et ce, depuis ce jour funeste où son paternel l’amena visiter les catacombes parisiennes. Le père de Bob, René, dragueur invétéré, s’était entiché d’une touriste québécoise. Il proposa à son fils de suivre le reste du groupe pendant qu’il allait faire une visite guidée à la dame et la gratifier de ce qu’il appelait « son hospitalité à la française » dans un recoin abrité des regards. Il fixa sa progéniture et lui assura qu’il le retrouverait à la sortie. Malheureusement, le groupe s’était éloigné avant que Bob ne puisse les rattraper et il se perdit dans les méandres des souterrains mortuaires. Les secours le retrouvèrent tétanisé devant un crâne dans une salle faiblement éclairée. Depuis, une peur panique s’emparait de lui en présence du moindre petit os.
Bob suffoquait. Dans un mouvement de recul, son pied se prit dans la cordelette qui s’était détachée de sa coule. Il heurta violemment un cercueil qui trônait dans une alcôve. Le bois fragilisé par des années d’humidité se fracassa en tombant. Un squelette, enfin un puzzle se retrouva éparpillé autour de lui. A ses pieds, gisait le crane brisé en deux sous l’impact. Un parchemin apparu alors.
Bob hésita à le ramasser. Lui qui était venu dans ce monastère pour évacuer tout le stress cumulé depuis ces derniers mois, dans quoi allait-il encore se fourrer ?
Il soupira, attrapa le manuscrit et le déroula. Une carte et quelques annotations qui ressemblait à du latin, mais Bob n’y connaissait rien en langues étrangères. En revanche, il reconnu immédiatement le sceau des Tempiliers, un ancien et mystérieux ordre religieux Breton. Ordre à qui l’on doit notamment la fameuse expression « il est temps, piliers de comptoir de mes deux ». Bob connaissait bien cet ordre pour avoir fait un exposé sur le sujet en cm2. Cet ordre séculaire cachait un étrange secret à propos d’une étrange histoire d’un étrange trésor caché quelque part dans une étrange contrée. Une fortune amassée en taxant toutes les auberges Bretonnes durant deux cents ans. Depuis maintenant mille ans, des générations de chasseurs de trésor tentaient de mettre la main sur ce butin.
Il tentait de déchiffrer le texte quand une musique le fit sursauter. Il reconnut la chanson culte du film Dirty Dancing que Lili adorait regarder en boucle en l’obligeant à rester parce que : « c’est trop sexy un homme qui regarde Dirty Dancing avec sa chérie ! »
Bob effaça ce souvenir de sa mémoire. Il marcha deux minutes dans la direction de la source musicale, quand plusieurs voix masculines se mélangèrent à la chanson. Intrigué, il avança plus doucement et finit par apercevoir une faible lueur au loin. Il s’approcha, et se trouva face à une lourde porte entrouverte. Il se tortilla et passa discrètement la tête Bob n'en croyait pas ses yeux. Une scène totalement incongrue se passait juste devant lui. La musique s'élevait depuis le fond de la salle tandis qu'une dizaine des frères du monastère affublés de collants fluos tentait de reproduire une des chorégraphies du film.
"1, 2, 5, 7 ! allez, on s'bouge le fion !"
C'était Kévin, déguisé en Patrick Swaze qui leur montrait les pas.
Collés par groupes de deux, les frères semblaient fraîchement alcoolisés et peu attentifs.
Bob toujours en équilibre précaire, jeta un coup d’œil circulaire. A droite, sous une voute, des chopes de bières entamées trainaient négligemment sur un comptoir de fortune. Un bar clandestin avait vu le jour sous la cuisine du monastère.
"Salut Bob !"
La voix de Patrick le fit tomber de tout son poids sur la porte.
Bob releva la tête et aperçu son bourreau, un chiffon à la main en train de nettoyer un verre avant de se servir dans un fût en bois.
"Tu prendras bien une petite bière d'Abbaye !"
A cet instant, un juron en provenance de la piste de dance fit retourner les deux amis.
Deux groupes s'étaient heurtés lors du fameux porté dans la scène culte du film. Jean-Claude, le plus costaud des frères, gisant sur son flanc, tentait de se relever.
Son collant se déchira, laissant dépasser deux énormes balloches poilues pendantes.
La voix grave de Jean-Claude exulta un juron que je ne répéterai pas ici, mais ça a un rapport avec une croix qu’il souhaitait ardemment et placer dans un endroit sombre de l’anatomie de Kévin.
Jean-Claude s’apprêtait à sauter au coup de son collègue quand il fut stoppé dans sa course par un croche-patte décoché par Richard, le plus trapu d’entre eux.
C’est alors qu’une bagarre générale éclata sous les yeux ébahis de Bob. Dans quoi s’était-il encore fourré ? Quel genre de Karma lui avait-on affublé à la naissance ?
"Tu as quoi dans la main, mon pote ?"
Bob tenta de cacher le manuscrit, mais Patrick fut plus rapide et le lui chipa.
"Une carte au trésor !"
L’assemblée stoppa net son étrange ballet et se retourna d’un seul homme.
"Venez voir ce qu’à trouvé frère Bob !"
A bientôt pour la suite…
Ricardsonnement vôtre
