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L'ivre d'amour — chapitre 18

4 novembre 2020

Depuis deux jours, c’était l’effervescence au monastère. Les frères présents ce soir-là s’imaginaient déjà découvrir un trésor inimaginable grâce à la carte que frère Bob avait exhumée.

Après avoir passé une nuit entière à débattre, le petit groupe décida de garder le secret de cette découverte et de chercher le plus discrètement possible la trace du magot. Bob serait le chef de la bande. Non pas parce qu’il avait trouvé la carte, mais parce qu’il avait assez de cran pour saccager et piller la tombe d’un Saint. Un vrai mâle alpha, prêt à guider ses troupes.

Kévin avait même trouvé un nom de confrérie : la confrérie de l’anneau… gastrique, en l’honneur de ce petit objet qui l’avait sauvé de l’obésité et qu’il arborait fièrement autour du cou. Bob aurait voulu l’appeler la conférire des bras cassés tellement le tableau était ridicule.

Chacun avait un ordre de mission. Bob, après avoir cherché en vain dans la bibliothèque du monastère, s’était inscrit sur plusieurs forums spécialisés sur les internets. Après de nombreux échanges avec un certain Lucifer487, il finit par décoder la carte.

Le plan des Tempiliers indiquait qu’il existait un souterrain attenant aux catacombes du monastère. Un mur de pierres avait été érigé pour en masquer l’entrée.

L’heure du rdv avait été fixée à vingt-deux heures dans la salle du bar improvisé.

Bob traina les pieds pour s’y rendre. Il fut accompagné de Patrick qui pouffa de rire en croisant les ossements profanés. Frère Kévin avait tenté de reconstituer le puzzle. Seule la tête, les mains et les pieds étaient au bon endroit. Je vous laisse imaginer le bordel.

A leur arrivée, ils furent accueillis chaleureusement par Serge ou Frère Bacchanal, comme aimaient l’appeler ses camarades. Celui-ci avait ramené une besace aussi grosse que son ventre avec tout ce qu’il fallait pour tenir un siège. Saucissons, vin rouge, pain, jambon de pays, fromages. Serge était un montagnard bourru, mais toujours prêt à faire l’apéro. Son accent était si fort que personne ne le comprenait, mais son rire communicatif le rendait sympa.

Au moment où Serge sortait le saucisson de renard albinos au herbes (une de ses spécialités), Jean-Claude débarqua torse nu en hurlant, une vieille épée rouillée à la main, prêt à en découdre avec les ennemis de la Chrétienté.

Jean-Claude est un ancien légionnaire. Il est sympa, mais un peu (trop) nerveux. Il dit à tous ceux qui veulent l’entendre que c’est dû au traumatisme de la guerre du Vietnam, qu’il n’a jamais faite bien entendu.

- Où as-tu déniché ça ? lui lança Patrick.

- C’est l’épée du Roi Arthur Pendragon ! répondit Jean-Claude en se servant une pinte de bière.

Un à un, les frères de la communauté de l’anneau gastrique firent leur apparition.

Lorsque Kévin apparu aux bras d’une plantureuse sybille ornée de grigris divinatoires, Bernard faillit tomber à la renverse. Il embrassa un nombre incalculable de fois sa croix tout en intercalant des injures en direction de l’étrange créature qui se tenait devant lui. Il faut dire que Bernard était un homme traumatisé par les femmes, à commencer par sa mère. Dans un élan chrétien, il détacha une flasque en forme de vierge de sa ceinture et aspergea la malheureuse d’eau bénite tout en proférant des prières en Ch’ti.

Patrick offra une tournée générale pour se donner du courage. Jean-Claude proposa une seconde tournée en l’honneur de Bob. C’est Kévin qui fut le suivant en hommage à Jean-Claude qui avait rendu hommage à Bob. C’est à la dixième tournée qu’une scène apocalyptique mis tout le monde en émoi. Un rire sardonique s’éleva de derrière la lourde porte d’entrée. Les gonds grincèrent et le battant laissa apparaitre une chose inhumaine. Un corps d’Homme orné d’une tête de cerf.

Bernard hurla de terreur et bouscula la moitié de l’assemblée médusée.

« Du calme les amis ! c’est moi, Lucifer487 ! »

A la simple évocation du nom de Lucifer, Jean-Claude dégaina son épée et couru vers le nouveau venu qui prit ses jambes à son coup.

Bob dû s’interposer pour éviter un massacre. Baptiste alias Lucifer487 retira son étrange couvre-chef au grand soulagement de Bernard.

Pris d’un fou-rire communicatif, Serge détendit l’atmosphère pesante de la salle.

Enfin, après une bonne dernière tournée de bière et de saucisson de renard aux herbes, la troupe se mit plus ou moins en ordre de marche.

A peine sorti de la salle, c’est Jean-François qui vomit le premier, suivit de la moitié de la troupe tandis que l’autre moitié se comportait de manière étrange.

Patrick avait mélangé un peu d’herbe de sa composition aux herbes aromatiques de Serge.

Tout ça n’annonçait rien de bon pour Bob…

A bientôt pour la suite…

Ricardsonnement vôtre