← Retour au blog

L'ivre d'amour — chapitre 2

22 août 2018

Après avoir perdu la moitié de mon lectorat féminin, je vais tenter de perdre la moitié de mon lectorat masculin grâce à cet article, suite du précédent.

Vous vous souvenez de Carlo ?

Carlo est un trentenaire bien dans ses baskets. Commercial dans la même boîte que Lili, il s’habille chez Hugo Boss, se parfume Hugo Boss et vit Hugo Boss. Carlo ne sait pas que Hugo Boss à habillé les SS durant la guerre et il s’en moque comme de sa première chaussette…Hugo Boss, évidemment.

Carlo passe ses temps libres à la salle de sport. « Un cor sein dans un espri sein ! » voilà la devise qu’il affiche fièrement sur son Facebook. Il passe régulièrement chez sa mère, veuve. Au moins une fois par semaine, il y dépose ses affaires sales et repart aussi sec. « petite vizite a ma maman cherri » se targue-t-il régulièrement dans un post « selfie » devant la maison parentale. Rassuré par les trente « likes » de fans transies, il rejoint alors Gigi, la voisine de sa mère, une quinqua sportive et toujours bien apprêtée, pour une pause bien méritée.

Carlo aime bien le foot. Il en est sûr, s’il n’avait pas fait de la muscu, il aurait fait footballeur professionnel. Car Carlo, il est bon en tout, enfin c’est sa mère qui le dit.

Carlo a toujours été un « winner ». Déjà, à l’école, il était le roi. Harceler les plus faibles, c’était son crédo. Ce n’est pas de sa faute, il ne supporte pas les « tafioles » (comprendre « sensibles »), un mot issu du vocabulaire étendu de son père.

Aujourd’hui, il en est certain, les femmes sont à ses pieds. Les femmes ? il les collectionne. Sa plastique, sa confiance en lui, son sourire ravageur et sa BMW série 5 en font un bon parti. Un reproducteur viable d’après sa chère mère. Mais Carlo ne trouve personne qui mérite qu’il se mette en « couple ». Un jour, un copain de salle lui a raconté que c’était sûrement à cause de sa relation avec sa mère. Carlo lui a aligné une droite et il ne l’a plus jamais revu.

En revanche, Carlo n’aime pas les femmes intellectuelles et cultivées, il les trouve ennuyeuses. « Tu as un complexe d’infériorité ! » lui a sorti Eugène, son nouveau copain de salle. Carlo lui a aligné une droite que l’autre a esquivé. Ensuite, il ne se souvient plus comment il s’est retrouvé à l’hôpital. Il est con Carlo, Eugène est freefighter amateur. Du coup, il a dû trouver une autre salle pour s’entraîner.

Au boulot, il apprend que Lili, une des secrétaires, n’est pas insensible à son charme. Ça tombe bien, il se lasse de Gigi, elle en veut plus, toujours plus tandis que Carlo, il veut moins, toujours moins. Lili, voilà sa nouvelle cible, une jeune femme en quête d’un renouveau. Et le renouveau, c’est lui car les autres ne lui arrivent pas à la cheville ! C’est sûr, c’est sa mère qui le lui dit régulièrement.

Carlo sort le grand jeu, sourires et petites attentions au programme. Puis, rapidement, les compliments, les allusions sensuelles appuyées par des clins d’œil remplacent les bonjours.

Lili est flattée. Cela fait des années que Bob, son mari, ne lui fait plus de compliments. Il ne la touche plus que pour le sexe, quatre fois par an. Pour la saint Valentin, Noël, l’anniversaire de mariage et pour la Sainte Catherine (c’est Lili qui met un point d’honneur à faire l’amour ce jour-là). Lili n’a pas eu d’enfant, elle est stérile (ce qui arrange Carlo qui ne voudrait pas se retrouver avec un mioche dans les pattes.)

Lili est fière d’être courtisée par le bellâtre de la boîte. Au début, elle refusa les avances, puis, sur les conseils de sa meilleure amie, elle finit par tomber dans les bras du robuste Carlo.

Ravi d’avoir enfin une proie à se mettre sous la dent, il lui donna rendez-vous dans un hôtel miteux loin de la ville. Carlo a une réputation à tenir et ne veux pas être vu chez lui en compagnie d’une femme au physique moyen.

Les premiers jours, Lili était sur un petit nuage. Cette aventure extra conjugale mettait un peu de piment dans sa vie. Elle se sentait revivre, avait changé de garde-robe, souriait en arrivant au travail. Mais il fallait faire attention à Bob. Il ne devait se douter de rien.

Mais un jour, sans comprendre pourquoi, Bob claque la porte, Lili se trouve désemparée. Pourquoi ? que s’est-il passé ? a-t-il une maîtresse ? une chose est sûre, après avoir parlé à ses copines, ce n’est pas de la faute de Lili si Bob est parti. De toute façon, elle gardera la maison, c’est comme ça.

Voilà, sa belle histoire se termine ainsi, mais peu importe, Lili a trouvé son nouveau grand amour. Finalement, elle aura dû attendre quelques années pour enfin trouver son prince charmant.

Seulement, après deux semaines, Carlo la quitte. De nouveau sous le choc, elle décide de retourner quelques temps chez ses parents. Une vie détruite en quelques semaines.

Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi ? se demande alors Lili. J’ai fait tout ce qu’on m’a apprit à faire !

Lili ferme la porte de sa maison et s’en va, le cœur lourd.

Ricardsonnement vôtre.

P.S. Merci à Magali Guyot pour l’inspiration de cet article !

P.P.S. Dédicace à tous les Carlo de la terre (et autres produits dérivés) : « le monde se porterait mieux sans vous. »

P.P.P.S. Tout lien entre les prénoms de personnages et le dessin animé Bob l’éponge n’est que pure coïncidence. Ou pas…