L'ivre d'amour — chapitre 6
Basculons un peu du côté de Lili.
Vous serez peut-être surpris, mais Lili ne va pas bien. Enceinte jusqu’aux amygdales, elle était jusqu’alors le centre de l’attention de son entourage. Seulement, depuis l’accouchement, il y a quelques semaines de cela, ce n’était plus la même soupe. Tous les regards étaient désormais tournés vers le bébé. Au début, c’était amusant, puis, l’agacement prit le dessus. A chaque fois, c’était la même chose, toutes ses sorties étaient accompagnées de « oh ! qu’il est mignon, il ressemble à sa mère ! » et de « en tout cas, bon courage pour les années à venir ! »
Et moi dans tout ça ? se plaignait-elle depuis à qui voulait l’entendre.
Pour Lili, l’annonce de la grossesse avait été aussi douloureuse que l’accouchement en lui-même. Enfin, c’est ce qu’elle supposait car elle avait tellement picolé la veille du jour J, qu’elle ne se souvenait plus de rien.
Après un déni de grossesse de 3 mois, son ventre s’était déformé en deux jours à peine. « Un miracle ! » s’était alors exclamée sa mère au confessionnal lors d’une de ses séances hebdomadaires. « Une malédiction ! » avait pleuré Lili dans les jupons du curé le même jour. Lili était désemparée. Elle ne voulait pas d’enfant. Elle avait bien tenté de s’auto-exorciser pour faire disparaître le démon de son corps, mais, à force de boire de l’eau bénite piquée dans le bénitier de l’église, tout ce qu’elle avait pu évacuer de son corps était dû à une gastro. « Je suis sûrement allergique aux microbes ! s’était-elle dit alors qu’elle portait plainte contre l’église pour tentative d’empoisonnement.
Elle avait tout essayé la Lili pour ne pas voir cette chose sortir de son utérus. La cigarette, l’alcool, les prières et les mêmes les incantations vaudous (qui lui avaient été vivement conseillées par « Satan 666 », un internaute spécialisé dans l’envoutement). Rien n’y faisait, son ventre continuait de grossir.
Finalement, après trois tentatives de suicide, elle avait fini par accepter tant bien que mal sa nouvelle vie de future mère. A une exception près : le sexe. Patrick avait beau essayer, rien n’y faisait. Eh oui, car la plus grande angoisse de Lili à ce moment-là, c’était de tomber enceinte alors qu’elle était déjà enceinte (je sais, pas fute-fute la Lili, mais vous étiez prévenus dès le premier chapitre !). « Un gosse, c’est déjà compliqué à porter, alors si j’en attrape un deuxième, je ne m’en remettrais pas ! » lançait-elle à Patrick lorsqu’il tentait une incursion interdite. « Et puis, il irait où ? tu as vu mon ventre ? il n’y a plus de place ! Et surtout, tu nous imagines avec des jumeaux ! »
Heureusement pour Patrick, obligé de rester auprès de sa blonde sous peine de voir son train de vie anéanti, il n’était fidèle qu’à son amour pour les femmes et il s’entretenait discrètement en attendant des jours meilleurs.
Désormais, le bébé était là. Bruyant, sale, encombrant, c’était le constat de Patrick qui n’était pas prêt pour ça. Après des semaines de calvaires, Patrick, suite à une discussion avec son paternel, demande un soir à Lili de faire un test de paternité, parce qu’il se pose des questions car l’enfant ne lui ressemble pas et qu’après tout, c’est peut-être l’enfant de Bob. Et ça l’arrangerait bien, Patrick. Il n’en peut plus. Lili, trop fatiguée et trop alcoolisée pour réfléchir avait accepté de faire le test. Seulement, ils devaient le faire sans que Bob soit au courant, tous deux étaient d’accords sur ce point.
Prétextant avoir besoin de lui parler, il s’était glissé dans la salle de bain de Bob pour lui voler un cheveu sur son peigne.
Cinq semaines d’attente plus tard, le verdict tombe enfin. Le courrier est devant lui. Lili, les cernes noircies par des nuits trop courtes, s’installe face à lui. Il ouvre l’enveloppe, lit rapidement. Le papier lui glisse des doigts, des larmes lui glissent doucement sur sa joue. Lili ne comprend pas. Lili ramasse le feuillet et tombe des nues à son tour.
Patrick se lève, triste et énervé (il ne sait pas trop comment réagir), claque la porte le sourire aux lèvres. Il peut enfin souffler. Guilleret, il sort de l’immeuble. Il se félicite car son jeu d’acteur était parfait. Sa ruse avait marché. Il était parvenu à échanger les échantillons sans que Lili s’en aperçoive. Après de nombreux efforts, il venait de se libérer du joug de la tyrannie de l’enfant roi. Patrick est un solitaire, un vrai, un dur. Et puis, de toute manière, Bob voulait un enfant. Donc, il fait deux heureux. Il se dit que son Karma s’en trouvera nettement amélioré.
Finalement, se dit Patrick, la vie est simple comme un test adn…
Ricardsonnement vôtre.
