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L'ivre d'amour — chapitre 8

31 décembre 2018

Ah ! les fêtes de fin d’années… la famille, les amis, les repas, les bonnes résolutions. Cette année, Lili a fait les choses en grand : une grande salle des fêtes, un grand buffet, un grand sapin près de l’entrée, bref, une grande soirée en perspective.

Contre toute attente, elle s’était même autorisée à inviter son passé à cette fête. Une manière d’entériner les aigreurs du passé. Elle l’a lu dans un article d’un magazine très en vogue : « Femme moderne d’aujourd’hui et de demain, mais aussi d’hier. » Une psychologue spécialisée dans les ruptures difficiles y écrit régulièrement et Lili ne rate jamais une parution. Lili est une femme moderne et veut le montrer à la face du monde entier.

Tout le monde est là : Patrick, accompagné de Suzanne, une ex danseuse du Crazy Horse, Pépé Jean-Jacques, devenu travesti depuis son récent divorce avec sa cousine éloignée. Jean-Jacqueline, c’est son nouveau prénom, tonton René, déjà rougi par l’apéro. Il y a également la cousinade, Jean-François, un chasseur affirmé et toujours habillé en treillis, le couteau à la ceinture, Jean-Jean (il aurait dû s’appeler Jean-Bernard, mais son père étant bègue et le fonctionnaire de la mairie préposé à l’état civil étant complètement ivre, il fut nommé Jean-Jean), Jean-Richard, commercial itinérant, Guilhem, le chirurgien de la famille (il fait un peu tâche d’huile dans la salle), Lulu, la cousine « vieille fille » de Lili et bien sûr, Bob. Bob qui se demande encore ce qui l’a amené à accepter l’invitation de Lili. N’oublions pas non plus la trentaine de gamins plus bruyants qu’un avion au décollage et plus désagréable qu’un concert de Jul. Tour à tour, tandis que les hommes, verre à la main, refont le match de foot de la veille, les femmes, elles, un œil sur leur progéniture et l’autre à jauger les robes de soirée de leurs rivales, lancent de temps à autre :

« Non, Jean-Eude ! on ne lèche pas la nourriture ! »

« Eric ! je t’ai dit qu’on ne jouait pas au foot dans la salle. »

« Kévin, remonte ton pantalon ! oui, ton père t’a dit que tu avais un gros kiki, mais ce n’est pas le moment de le montrer ! »

« Emilie ! lâche ce couteau, tu vas te faire mal ! »

Un cri strident dépassant allègrement les 150dB sur une fréquence capable de briser du cristal et de casser les noisettes de tout le monde surgit. C’est Emilie. Sa mère accoure en criant qu’elle l’avait prévenue et que c’est la faute de son père qui préfère boire plutôt que de s’occuper de sa fille. Heureusement, rien de grave, en fait, rien du tout, le couteau ayant juste piqué l’enfant, plus de bruit que de mal.

Sur scène, trois musiciens, les enfants de Josiane, tentent de jouer un morceau de Nirvana sous l’œil émerveillé de leur mère. Sûre que ses fils feront carrière, elle les soutient comme une coach. Seul problème, Josiane n’a pas l’oreille musicale, et ses fils non plus, visiblement.

Une cacophonie festive, même si, d’un point de vue extérieur, certains auraient tendance à penser qu’un attentat ici serait le bienvenu.

Invisibles aux yeux de tous, tonton René et son pote de toujours, Alfred, un joint à la main, se gaussent en pensant à la soirée qui allait se dérouler.

Bob, lui, s’est mis dans un coin, un verre de punch à la main, il espère pouvoir partir en douce lorsque Patrick vint lui taper sur l’épaule.

« Alors, mon pote ! tu as vu la donzelle avec qui je suis ? je suis sûr que tu es jaloux. »

Bob acquiesça à contre-cœur.

« Viens avec moi, je vais me chercher du punch, j’en profite, il est gratuit ! »

Bob haussa les sourcils tandis que ses épaules s’affaissaient sous le poids de la résignation.

Ricardsonnement vôtre.