Vivre de l’écrit, dur
C’est l’une des principales questions que vous entendrez de la part de vos ami(e) si vous avez la chance d’être publié. Et la réponse n’est pas si simple à appréhender.
Tout d’abord, il faut savoir qu’en France, une personne sur trois aimerait écrire un livre et qu’il coexiste deux cent mille auteurs pour plus d’un million d’écrivains en herbe. Ces chiffres sont suffisamment éloquents pour les prendre en compte dans l’article. En effet, on peut aisément comprendre que l’œuvre de l’auteur est diluée parmi les dizaines de milliers d’autres.
L’écriture est, pour moi, l’art le plus accessible pour le commun du mortel. Ce qui explique les chiffres ci-dessus et implique que de vivre de ses écrits est une véritable gageure.
Vous ne le savez peut-être pas, mais lorsqu’il s’agit de livres provenant de maisons d’éditions dites indépendantes (les petites maisons d’édition), ils ne sont pas (ou très rarement) vendus dans les rayons des grosses chaînes de librairies (Cultura, Fnac, Leclerc…), mais uniquement sur les plateformes de vente en ligne (Amazon, Cultura, Fnac, etc…). Dans ce cas, l’auteur n’a d’autres choix que de vendre en direct (salons, séances de dédicaces…).
Pour que vous puissiez vous rendre compte des difficultés de la question principale de cet article, je vais vous faire un petit topo. Bon, imaginez que vous, oui VOUS, écriviez l’œuvre du siècle, que vous êtes publié dans une maison d’édition indépendante et que vous souhaitiez vous acheter une villa en forme de livre (oui, car quand on auteur, on a des goûts insolites).
Donc, vous vous mettez en tête de devenir riche le plus vite possible, mais comme vous êtes quelqu’un de raisonnable, vous tablez tout d’abord sur un revenu mensuel de 1500€. Vous plaquez votre boulot pour vous consacrer à plein temps à la promotion de votre roman. Le calcul est vite fait, à raison de, environ 1€50 de royalties par livre, il va vous falloir en vendre 1000 pour parvenir à payer le loyer, la bouffe et les études de Kevin qui vient de redoubler pour la 2ème fois sa terminale (heureusement pour vous, il a pris option « selfies » coefficient 7 cette année au bac).
Malheureusement, les charges sont conséquentes car vous allez devoir déduire les frais de déplacement, d’hôtel et d’apéro (les heureux possesseurs de camping-cars sont plus avantagés). En considérant que vous vendrez, au mieux, 20 à 30 livres durant le salon de Saint-Glinglin le Grotrou, il vous faudra faire au moins 50 patelins par mois pour parvenir à votre objectif. Vous passerez votre vie sur les routes et, quand vous rentrerez, Kiki, votre bébé chat, sera mort de vieillesse et Kevin aura eu son bac avec mention Snapchat. Bon, l’avantage, c’est que vous deviendrez incollables en géographie Française.
Mais, ce n’est pas tout ! nous sommes au 21ème siècle et il vous faut maintenir vos fans en haleine sur les réseaux sociaux et publier régulièrement des articles. Il vous faut également poursuivre vos écrits et proposer un autre tome à votre éditeur.
La fin d’année arrive et vous avez pris 10 ans en quelques mois. Kevin ne vous reconnait plus et vous appelle madame. Finalement, votre éditeur et vous faites le bilan. 750 livres vendus ! bravo ! 1125€ c’est un beau score. Mais malgré vos efforts, le résultat net est négatif : la tournée générale au bar de la place de la Mairie à Saint-Glinglin le Grotrou vous a ruiné.
Et là, après avoir noyé votre déception dans l’alcool de noix de coco (le fameux coco chanel), quelques idées surgissent :
- Et si j’écrivais d’autres livres pour en proposer plusieurs par salon ?
-> A raison d’un livre par an, il va vous falloir attendre un peu avant.
- Je vais me débrouiller pour monter en classement sur la plateforme Amazon en achetant moi-même mes livres.
-> Si vous avez une centaine de cartes bancaires et un P.E.L. bien fourni, GO !
- Avoir de la visibilité grâce à un blog, un site ou une chaîne Youtube !
-> Certes, mais chronophage et le retour est loin d’être gagné.
- Je fais une grève de la faim devant l’Elysée pour me faire de la pub !
-> C’est la seule solution que je n’ai pas encore testé.
Vous l’aurez compris, à moins d’être hyper médiatisé, il vous sera difficile d’espérer vous faire un salaire fixe et convenable pour vous construire votre villa adorée.
Donc, pour en revenir à la question principale, je dirai que, non seulement elle trouve difficilement réponse à l’instant où on vous la pose (parce qu’il faut attendre le calcul total des ventes en fin d’année pour en avoir un aperçu global), mais elle a pour conséquence, à mon avis, de stigmatiser l’auteur et de le renvoyer à ce qu’il redoute le plus : l’échec.
Je pense que l’aventure de l’écriture ne peut pas être un but en soi, sous peine de désillusions. Il faut faire le nécessaire, voire plus, comme pour tout projet auquel on croit, mais tout en sachant que les chances d’en vivre sont minces.
Ricardsonnement vôtre
